Ubérisation : quelles santé et sécurité au travail dans 10 ans ?

L’INRS (Institut national de recherche et de sécurité) s’interroge régulièrement sur les évolutions à  long terme du monde du travail et leurs conséquences sur les risques professionnels. Ce travail de prospective est mené dans le but d’anticiper les évolutions possibles en matière de santé au travail et de risques professionnels pour imaginer de nouvelles politiques de prévention. C’est dans ce cadre que l’INRS publie un rapport : « Plateformisation 2027, conséquences de l’ubérisation en santé et sécurité au travail » et imagine quatre scénarios possibles d’évolution.

 

 

Cela a commencé sur internet avec le commerce en ligne, d’abord sur quelques produits, puis l’offre s’est généralisée. Ensuite est arrivé Uber et les applications fonctionnant sur le même principe : une mise en relation directe entre le client et le travailleur via une plateforme numérique. L’application Uber est devenue un peu le symbole de ce que l’on appelle la plateformisation. La plateformisation transforme le travail : les temps, les organisations, les relations… mais également les risques en matière de santé et sécurité au travail.

L’INRS n’a pas la prétention de lire dans une boule de cristal, toute prospection est hasardeuse. L’institut nous propose 4 scénarios possibles, autant de pistes pour alimenter notre réflexion sur les évolutions actuelles.

  1. Plateformes en pleine expansion : droits a minima.

L’automatisation a massivement détruit les emplois traditionnels, avec l’essor des TIC (technologies de l’information et de la communication) et de l’intelligence artificielle, rien n’a échappé à la plateformisation : banque, santé, commerce de détail, bâtiment de second œuvre, service à la personne. Le droit du travail et la protection sociale sont désormais cantonnés à un socle commun au minima…  En matière de santé et sécurité au travail, les conséquences pourraient être :

  • un travail parcellaire, répétitif et sans prise de décision pour de nombreux travailleurs,
  • une situation d’insécurité au travail, notamment pour les travailleurs non qualifiés dans les domaines recherchés par les entreprises (situation génératrice de RPS),
  • une standardisation des pratiques de travail éventuellement performantes en matière de santé et sécurité au travail (ex : robotisation de tâches manuelles),
  • une évolution qui remet en cause l’organisation de la prévention des risques professionnels au niveau de l’Etat.
  1. Plateformes et réseaux classiques imbriqués : inégalités et travail éclaté.

La plateformisation a avancé grâce aux alliances entre les grands opérateurs de réseaux traditionnels (comme la grande distribution) et les plateformes mondiales aidés des géants du numérique : économie traditionnelle et économie de plateforme sont imbriquées. Le travail à la tâche, en indépendant, s’est développé au point de remettre en question l’emploi traditionnel, le marché du travail devient très inégalitaire. En matière de santé et sécurité au travail :

  • une forte prescription des tâches pour les travailleurs, avec (ou pas) des règles en matière de prévention,
  • une disparition du collectif de travail (quid de l’analyse des risques, la recherche de solution de prévention, le sens du travail …),
  • un risque d’intensification du travail avec une concurrence directe entre les travailleurs
  1. Plateformes commerciales et associatives en concurrence : instabilité et incohérence

Le monde est instable : crises géopolitiques, climatiques… Les politiques économiques et de l’emploi ont échoué et le marché du travail est fortement flexibilisé. Deux modèles principaux sont en concurrence : des plateformes commerciales qui ont fini par trouver une certaine rentabilité, des plateformes associatives dont le but est de maintenir une cohésion sociale dans ce contexte économique difficile. En matière de santé et sécurité au travail :

  • quid d’un système de prévention des risques professionnels structuré dans un tel contexte,
  • quelle pourrait être la motivation des acteurs à penser à la prévention dans ce contexte de recherche immédiate du profit et de concurrence exacerbée.
  1. Plateformes discréditées : transparence et relocalisation 

Absence de régularisation, risque en matière de données personnelles, piratage informatique… autant de facteurs qui ont installé un climat de défiance vis-à-vis des grands du numérique. L’Etat Français et l’Union Européenne ont repris en main la souveraineté numérique, et une relocalisation est rendue possible au niveau européen du fait de l’automatisation. La plateformisation se cantonne à des activités bien spécifiques (livraison, service).  En matière de santé et sécurité au travail :

  • les plateformes doivent adopter des règles (rémunération, conditions de travail…),
  • en lien avec la relocalisation : une intensification des rythmes de travail et le retour de risques qui avaient diminué ou disparu.

Si aujourd’hui les principes généraux de prévention apparaissent en décalage avec les modes de fonctionnement des plateformes – que cela soit en matière d’évitement des risques, de réduction des risques à la source voire d’adaptation du travail à l’homme – les plateformes pourront toutefois faire le choix d’intégrer une réelle politique de prévention des risques.

Les RPS chez les travailleurs des plateformes.

Quelle que soit l’évolution du monde du travail, la plateformisation a déjà un impact sur un nombre croissant de travailleurs, par exemple pour les livreurs ou coursiers. Pour l’INRS, en matière de RPS, quelques grandes tendances sont déjà bien visibles :

  • Intensité et temps de travail: rythme imposé et rémunération à la tâche
  • Exigences émotionnelles : notation par les clients
  • Autonomie: travail prescrit et contrôlé par une intelligence artificielle
  • Rapports sociaux au travail: travail isolé, sans management de proximité, ni collectif de travail
  • Conflits de valeurs : travail fragmenté, manque de vision globale
  • Insécurité de la situation de travail: dépendance vis-à-vis de la plateforme

 

Pour agir en matière de prévention des risques professionnels, les experts en Santé et en Qualité de Vie au Travail du Groupe JLO, accompagnent les acteurs des entreprises dans leurs démarches de prévention des risques professionnels, notamment par la réalisation de diagnostic des risques psychosociaux.

En savoir plus sur le diagnostic RPS

Publié le 7 février 2018 dans Santé au travail

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