Premier état des lieux du sexisme en France

Suite à la loi relative à l’égalité et la citoyenneté du 27 janvier 2017, le Haut Conseil à l’Egalité (HSE) a reçu pour mission de publier un rapport annuel sur l’état du sexisme en France. Ce premier rapport, rendu public le 17 janvier 2019, fait état de l’idéologie sexiste qui persiste en France en s’intéressant à deux manifestations très particulières que sont l’humour et les propos injurieux.

Malgré une prise de conscience des Français (83% pensent que les femmes sont victimes de sexisme), seulement 2,9% des actes sexistes font l’objet d’une plainte, et seule une sur cinq d’entre elles mène à une condamnation.

Premier état des lieux du sexisme en France - Groupe JLO

Ce rapport a été rédigé conformément aux recommandations du « Guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe ».

Qu’est-ce que le sexisme et son idéologie ?

Le HSE définit le sexisme comme une idéologie qui repose sur l’idée d’infériorité des femmes par rapport aux hommes, mais également par l’ensemble des manifestations qui ont pour but de délégitimer, stigmatiser, humilier ou violenter les femmes avec une incidence physique et/ou psychologique sur elles.

Les actes sexistes sont presque toujours commis par des hommes sur des femmes : 89% des victimes sont des femmes et 91% des mis en cause sont des hommes.

Parmi les représentations du sexisme les plus courantes, on retrouve :

  • Les propos ou stéréotypes, discriminants, humiliants, menaçants et ou violents dans la rue, au travail ou dans la société en général (culture, publicité, arts …)
  • La sous-représentation des femmes dans l’espace public, au travail, en politique …
  • L’atteinte à l’autonomie des femmes (maternité, mariage forcé, entrave à l’avortement …)
  • Les discriminations directes (emploi par exemple) et indirectes
  • Les agressions physiques (coups, blessures, agressions sexuelles, viols etc…)

Discrimination et violence faites aux femmes

« Une discrimination est une inégalité de traitement fondée sur un critère prohibé par la loi ». Il existe actuellement 25 critères de discrimination dont « le genre » et « l’état de grossesse » font partie.

Relire notre article sur les critères de discrimination

Il existe trois types de discrimination :

  • La discrimination directe: acte délibéré basé sur les critères prohibés par la loi
  • La discrimination indirecte: acte ou pratique neutre en apparence, susceptible d’entraîner une discrimination
  • La discrimination systémique: processus ou idéologie qui perpétuent et reproduisent les inégalités en fonction de l’appartenance à une classe sociale ou à un sexe. Les personnes qui exercent des discriminations systémiques n’en ont pas toujours conscience. Elles trouvent leurs racines dans les stéréotypes, les préjugés etc…

Au-delà des discriminations, les atteintes à l’intégrité corporelle sont nombreuses et visent à inférioriser les femmes par la violence :

  • Coups et blessures comprenant les violences physiques et psychologiques
  • Agressions sexuelles
  • Viols
  • Mutilations sexuelles (excision etc…)
  • Féminicide

Le genre est le premier motif de discrimination vécu par les femmes qui sont 13% à en avoir été victimes (contre 3% d’hommes). 27% d’entre elles ont également été témoins de discriminations envers d’autres femmes, au travail ou dans l’espace public et privé.

Les conséquences du sexisme

Toutes les formes de sexisme ont des impacts plus ou moins forts sur la dimension psychologique des individus comme une baisse d’estime de soi, une auto-censure, de la dévalorisation. Les femmes doivent adapter leur comportement afin d’éviter les situations à risques, notamment dans les lieux publics en utilisant des stratégies d’évitement par exemple.

Les manifestations du sexisme peuvent également avoir un impact physique sur les victimes qui peuvent être en proie à des troubles du sommeil, des troubles alimentaires, du stress, de l’auto-mutilation etc… Les violences sexuelles peuvent avoir des conséquences à long terme qui apparaissent parfois des années plus tard.

Ces formes de violence peuvent entraîner des conduites à risques dissociantes. Lorsque les victimes ne bénéficient pas d’un soutien ou d’un accompagnement adapté elles peuvent tomber dans un état dissociatif afin de gérer leurs traumatismes. Conduites à risques, mises en danger, consommation de drogues (tabac, alcool, autres) sont autant de moyen de se déconnecter émotionnellement.

Sexisme au travail

Les inégalités entre les femmes et les hommes persistent y compris dans le monde du travail, que  ce soit au niveau de l’évolution des carrières, des métiers genrés ou même encore de la rémunération. 70% des salariés auraient vécu une situation de sexisme dans leur vie professionnelle avec pour conséquence une perte de confiance des victimes elles-mêmes. Un sexisme dit « ordinaire » qui s’exerce de 6 manières différentes selon le CSEP* :

  • Les blagues sexistes
  • L’imposition des codes sociaux liés au genre
  • Les marques d’incivilité, de condescendance et de mépris
  • La fausse séduction
  • Le sexisme bienveillant
  • Les remarques désobligeantes sur la maternité

Relire notre article sur l’initiative #StOpE contre le sexisme ordinaire en entreprise

*Sources : Deux enquêtes de 2013 et 2016 du Conseil Supérieur de l’Egalité Professionnelle entre les femmes et les hommes.

Peu de condamnations

La première reconnaissance que le genre puisse être un facteur de discrimination apparaît dans la loi du 4 juillet 1975. Il faudra attendre 2004 pour que l’injure ou la diffamation en raison du genre soient reconnues, et 2014 pour que l’on traite de manière similaire les critères de races et de genre dans le droit. Ce n’est finalement qu’en 2015 que le mot sexisme apparaît à travers la reconnaissance de l’agissement sexiste, puis de l’outrage sexiste en 2018.

Bien que les actes sexistes déclarés atteignent près de 140 milliers de cas chaque année, seules 2,9% des dénonciations font l’objet d’une plainte. En 2017, seulement 19% des plaintes pour agressions sexuelles ont mené à une condamnation. Pire encore, 6,5% des plaintes pour viol ont mené à une condamnation.

Le faible taux de condamnation s’explique en partie par le fait que :

  • Toutes les plaintes ne donnent pas lieu à une mise en cause
  • Toutes les mises en cause ne donnent pas lieu à une condamnation
  • Toutes les condamnations ne sont pas judiciaires.

Mais également par le fait que peu de femmes portent plainte. 94% des victimes d’injures sexistes ne font pas de déclarations auprès de la police. 48% estiment que « ce n’est pas assez grave » et un tiers n’en a pas vu l’utilité. Les femmes victimes ne portent pas plaintes pour 4 principales raisons :

  • La banalisation du sexisme : les femmes n’identifient plus le sexisme
  • Une faible connaissance du droit et des outils juridiques à disposition
  • La difficulté à porter plainte face à la banalisation d’actes considérés comme « pas assez graves »
  • L’obstacle que représentent les démarches et l’avance des frais

A noter : 96% des condamnations pour infractions sexistes concernent les hommes. Et par ailleurs, une augmentation de 32% des condamnations pour harcèlement sexuel entre 2016 et 2017.

Le Groupe JLO, acteur engagé dans la lutte contre le sexisme

Le Groupe JLO, doublement labellisé Egalité professionnelle et Diversité est profondément engagé dans la lutte contre le sexisme. Nous sommes signataires du manifeste « sexisme pas notre genre » et de la charte d’engagement LGBT de l’Autre Cercle.

Référencés Datadock, nous proposons une formation pour répondre à la nouvelle obligation légale de nommer un référent pour lutter contre le harcèlement sexuel et le sexisme.

Je souhaite me former à la lutte contre le harcèlement sexuel et le sexisme

Dans un souci d’accessibilité et de clarté, l’écriture inclusive n’est pas utilisée dans cet article. Les termes employés au masculin se réfèrent aussi bien au genre féminin que masculin.

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