L’absentéisme continue de progresser en France. Mais derrière le taux global se cachent des réalités très différentes selon les métiers, l’âge, les secteurs d’activité ou encore les conditions de travail. La 5e édition de l’Observatoire des arrêts de travail du Groupe APICIL, réalisée avec la contribution du Groupe JLO, apporte plusieurs enseignements pour mieux comprendre le phénomène et surtout mieux cibler les actions de prévention.
Premier constat : le taux d’absentéisme atteint 4,68 % en 2025, contre 4,41 % en 2024. Il dépasse ainsi légèrement son niveau de 2022, qui s’établissait à 4,61 %.
Cette hausse ne signifie pourtant pas que les arrêts sont systématiquement plus longs. Au contraire, leur durée moyenne recule légèrement, passant de 19,85 à 19,45 jours. Dans le même temps, la proportion de salariés ayant connu au moins un arrêt augmente, tout comme le nombre moyen d’arrêts par salarié absent.
Ces chiffres montrent toute la difficulté d’interpréter un indicateur global d’absentéisme.
Pour une DRH ou une direction QVCT, connaître son taux d’absentéisme ne suffit donc pas à comprendre son absentéisme. Derrière une même valeur peuvent se cacher une multiplication des absences courtes, quelques arrêts très longs, une difficulté localisée dans un métier ou un établissement, ou encore des phénomènes saisonniers.
C’est précisément l’intérêt d’une cartographie de l’absentéisme : croiser durée, fréquence, récurrence, motifs, populations et temporalité pour identifier les situations sur lesquelles l’organisation dispose réellement de leviers d’action. C’est aussi le point de départ de l’approche proposée par le Groupe JLO, qui articule état des lieux quantitatif et diagnostic des causes.
Autre signal à surveiller : le développement du micro-absentéisme. Les arrêts de moins de trois jours représentent désormais 23,55 % de l’ensemble des arrêts, contre 21,92 % en 2024. Leur proportion a augmenté de plus de 70 % depuis 2022.
Pris isolément, un arrêt court peut sembler peu significatif. Mais lorsqu’ils deviennent fréquents ou se concentrent dans une équipe, un métier ou une période particulière, ces arrêts peuvent peser fortement sur l’organisation : redistribution de la charge de travail, remplacement difficile, tensions dans les collectifs…
Ils peuvent également constituer un signal à investiguer, plutôt qu’un phénomène à traiter uniquement sous l’angle administratif.
La question à poser n’est alors plus seulement « combien avons-nous d’absences ? », mais : où se produisent-elles, à quelle fréquence et que nous disent-elles du travail réel ?
C’est là que les données doivent être complétées par une approche qualitative :
entretiens,
groupes de travail,
échanges avec les managers,
les salariés et les acteurs de la prévention permettent de rechercher les facteurs organisationnels, managériaux ou professionnels qui ne sont pas visibles dans un tableau de bord.
Si les absences courtes perturbent fortement le quotidien des équipes, ce sont les arrêts longs qui pèsent le plus lourd dans le taux d’absentéisme.
Les arrêts de plus de 90 jours représentent à eux seuls plus de la moitié du taux d’absentéisme. En élargissant aux arrêts de plus de 30 jours, cette part approche les 75 %.
Pour les entreprises, la prévention de l’absentéisme passe donc nécessairement par une réflexion sur la prévention de la désinsertion professionnelle et la préparation du retour au travail.
L’enjeu ne se limite pas à attendre la fin de l’arrêt. Maintenir un lien adapté avec le salarié, coordonner les différents interlocuteurs, anticiper les possibilités d’aménagement et préparer progressivement la reprise peuvent contribuer à sécuriser le retour à l’emploi.
Dans cette logique, le Groupe JLO accompagne notamment les salariés en arrêt longue durée et propose, avec son dispositif Léa, de préparer la reprise dans un cadre adapté. L’objectif est moins de « gérer l’absence » que d’éviter qu’elle ne se transforme progressivement en rupture durable avec l’emploi.
L’analyse des arrêts de plus de 30 jours apporte également un enseignement particulièrement important.
Sur les 7 791 arrêts longs étudiés en 2025 par la cellule médicale du Groupe APICIL, deux grandes familles de pathologies représentent plus de 73 % des situations :
La part des troubles psychiques progresse par ailleurs par rapport à 2024.
Ces pathologies ne trouvent évidemment pas toutes leur origine dans le travail. L’Observatoire souligne néanmoins que les conditions dans lesquelles le travail est exercé peuvent jouer un rôle dans leur prévention, leur aggravation ou les conditions de retour en emploi.
Pour les politiques QVCT, ce résultat invite donc à éviter les approches en silos. Prévenir l’absentéisme peut conduire à travailler simultanément sur les RPS, la santé mentale, les contraintes physiques, l’ergonomie, les pratiques managériales, l’organisation du travail ou encore les dispositifs de soutien aux salariés.
Une ligne d’écoute psychologique, par exemple, peut constituer un outil de prévention tertiaire et de prise en charge individuelle. Mais les données anonymisées issues des sollicitations peuvent également devenir des signaux collectifs, utiles pour orienter des actions plus larges de prévention. C’est l’approche développée dans l’Observatoire par les experts du Groupe JLO.
L’un des enseignements les plus intéressants de cette édition est sans doute l’importance des écarts entre populations.
L’Observatoire montre par exemple que le taux d’absentéisme des ouvriers de plus de 60 ans est 5,69 fois supérieur à celui des cadres de moins de 30 ans. Il souligne également des différences importantes selon la catégorie socioprofessionnelle, le genre, l’âge ou le type de contrat.
Le secteur d’activité constitue lui aussi un facteur différenciant. Dans le secteur de la santé, le taux d’absentéisme atteint ainsi 7,22 %, avec une durée moyenne des arrêts de 28,31 jours. À l'autre extrême, le secteur des banques et assurances affiche un taux de 2,80 % et une durée moyenne de 13,92 jours.
Ces écarts ne signifient pas qu’un secteur, un âge ou une catégorie professionnelle « explique » à lui seul l’absence. Ils montrent au contraire l’intérêt de croiser les facteurs et de revenir aux conditions concrètes dans lesquelles le travail s’exerce.
Comparer son taux global à une moyenne nationale reste donc limité. Les données deviennent réellement utiles lorsqu’elles permettent d’identifier les populations, métiers ou unités dans lesquels des difficultés se concentrent.
Réduire durablement l’absentéisme ne consiste pas à chercher à supprimer toute absence. Un arrêt de travail peut être parfaitement légitime et nécessaire.
L’enjeu pour l’entreprise est plutôt d’identifier la part de l’absentéisme sur laquelle elle peut réellement agir.
Cela suppose généralement une démarche en plusieurs temps : objectiver le phénomène par les données, comprendre les causes au contact du terrain, prioriser les situations les plus préoccupantes puis mettre en œuvre et évaluer des actions adaptées.
Cette logique se retrouve dans l’offre de prévention et de régulation de l’absentéisme du Groupe JLO :
cartographie quantitative,
diagnostic qualitatif,
structuration du process de gestion des absences,
accompagnement du retour au travail
ou encore actions ciblées de prévention.
L’intérêt n’est donc pas d’appliquer une solution standard, mais de choisir les bons leviers à partir de la réalité de chaque organisation.
Derrière la progression du taux d’absentéisme, cette édition 2026 délivre finalement un message moins pessimiste qu’il n’y paraît : l’absentéisme peut aussi être utilisé comme un indicateur du fonctionnement de l’organisation.
Sa fréquence, sa durée, sa répartition et son évolution peuvent révéler des phénomènes d’usure professionnelle, des difficultés organisationnelles, des facteurs de risques psychosociaux, mais aussi des besoins d’accompagnement ou d’adaptation du travail.
Pour les DRH, RRH et responsables QVCT, l’enjeu est donc de passer du constat à la compréhension, puis de la compréhension à l’action. Et c’est précisément ce changement de regard qui permet de ne plus considérer l’absentéisme comme une fatalité, mais comme un sujet de prévention à part entière.
📘 Pour aller plus loin, téléchargez l’Observatoire des arrêts de travail 2026 et retrouvez l’ensemble des données, analyses scientifiques et retours d’expérience présentés dans cette 5e édition.
Article rédigé avec l'aide de l'IA (analyse, extractions, visuel...)