Cancer et Travail : quel équilibre entre performance et vulnérabilité ?

Une question qui interroge et qui a été posée lors d’un colloque, organisé le 1er mars dans les locaux du Centre Léon Bérard à Lyon. Chaque année en France, 120 000 personnes exerçant une activité professionnelle apprennent qu’elles ont un cancer (ce chiffre doublera dans les trente prochaines années). 80% d’entre elles reprennent le travail deux ans après le diagnostic bénéficiant pour la moitié d’un aménagement de poste.*

Retour sur ce colloque riche d’enseignements.

*sources : OMS, Inca 2012, Drees 2004, Baromètre cancer 2010.

 

Comment maintenir en emploi un salarié atteint d'une maladie grave ? Réponse par le Groupe JLO.

Le Centre Léon Bérard 

Centre de lutte contre le cancer, Léon Bérard

Ce centre de lutte contre le cancer de Lyon et de Rhône-Alpes, est un hôpital spécialisé en cancérologie. Le Centre Léon Bérard a trois missions essentielles : les soins, la recherche et l’enseignement.

 

Le projet FACTRACS

Jean-Baptiste Fassier, médecin du travail et chercheur, a présenté lors du colloque, le projet FACSTRACS : un programme de recherche pour faciliter le retour au travail des femmes après un cancer du sein.

Le projet FASTRACS a pour objectifs de développer, implanter et évaluer une intervention pour faciliter le retour au travail, le maintien dans l’emploi et la qualité de vie au travail après un cancer du sein. Il a aussi pour objectif de réduire les inégalités sociales devant l’emploi après un cancer du sein.

Le retour et le maintien à l’emploi après un cancer peuvent soulever de nombreuses difficultés et se heurter à plusieurs barrières : la fatigue, les douleurs, les effets secondaires de la maladie et des traitements qui peuvent diminuer la capacité de travail des patient.e.s. En effet au-delà des problématiques physiques, ce sont les problèmes cognitifs après les opérations et/ou traitements qui surgissent : difficulté de mémorisation, de compréhension, et de concentration.  La durée et la gravité de ses troubles ne peuvent être évaluées par les soignants.

Dans l’entreprise, il arrive que le manque de soutien social voire la discrimination soient des obstacles à la reprise et au maintien de l’emploi. Les professionnel.le.s de santé sont peu formé.e.s pour accompagner les patient.e.s dans ces enjeux, et ils communiquent peu entre eux.

Dans ces situations de retour à l’emploi, il faut prendre en considération :

  • les comportements – problèmes : tout ce qui peut faire obstacle au retour à l’emploi ;
  • les comportements – aidants : ce qui facilite le retour ;
  • les déterminants de ces comportements : connaissances, croyances , compétences, confiance en soi, environnement.

De bonnes pratiques…

Une visite de pré reprise est recommandée, elle se fait à la demande du.de la salarié.e. Cela suppose, des Services de Santé joignables et disponibles, que le.la salarié.e soit informé.e du rôle du médecin du travail et convaincu.e que le médecin peut l’aider, enfin d’avoir un contact pour prendre un rendez-vous.

De son côté le médecin traitant et les spécialistes ne connaissent pas le degré d’importance du travail pour le.la patient.e, pensent bien souvent que ce n’est pas leur rôle d’aborder le sujet, ne savent pas comment le faire, et pensent qu’ils ne pourront pas répondre aux questions.

La Réunion de concertation pluridisciplinaire  (RCP) demeure l’élément principal d’une bonne prise en charge d’un malade atteint du cancer. Pour autant elle n’aborde jamais la question du travail.

Les témoignages de deux salariés atteints d’un cancer et de leur DRH respectif ont permis de mettre en avant de nombreuses bonnes pratiques :

  • accompagner le choc de l’annonce au niveau de toutes les parties prenantes,
  • garder le lien pendant l’arrêt,
  • préparer la reprise d’activité,
  • marquer symboliquement le jour de reprise,
  • s’outiller pour le DRH,
  • se faire accompagner par un tiers (assistante sociale, consultant, psychologue, coach…),
  • inclure le collectif de travail dans les différentes étapes,
  • inclure l’aidant principal…

Enfin, l’après cancer pose aussi question, Pierre Heudel, oncologue, distingue deux grandes catégories :

– les cancers localisés, qui une fois traités, doivent donner lieu à une reprise la plus naturelle possible du travail, même si cette maladie laisse de profondes cicatrices

– les cancers métastatiques, qui sont une maladie que l’on porte à vie mais qui peut être contrôlée plusieurs années. Cela pose alors la question des équilibres entre  3 vies : la vie médicale, la vie privée et la vie professionnelle.

Les facteurs de risques

Julien Carretier, responsable de l’information des publics du Centre Léon Bérard, souligne qu’actuellement les études disponibles tendent à prouver qu’environ 5% des cancers sont liés à des expositions professionnelles. Un chiffre qui sous-estime la réalité, selon le spécialiste, car les cancers professionnels sont sous-déclarés. En raison de la diversité des expositions professionnelles et des multiples facteurs impliqués dans le développement des cancers, le lien de causalité entre le cancer et l’activité professionnelle est parfois difficile à établir. Plusieurs cancers sont néanmoins concernés par la reconnaissance en maladies professionnelles et figurent dans les tableaux de la Sécurité Sociale. Les secteurs les plus exposés sont : la maintenance, le BTP, la mécanique, le travail du bois et des métaux, l’agriculture… soit un salarié sur dix exposé aux cancérogènes.

Le droit et l’arrêt de travail salarié : une contrainte ou une protection ?

Pour Aurelia Dejean de LABATIE, avocate, le droit détermine une ligne de démarcation nette entre vie professionnelle et personnelle. Or la maladie, qui appartient à la vie personnelle, conduit l’entreprise à se confronter directement à la vie personnelle de son.sa salarié.e.

Juridiquement on peut retenir plusieurs temps :

  • L’arrêt de travail par le médecin traitant correspond à une suspension du contrat de travail, et cela afin de protéger le salarié. Mais cette séparation est artificielle, et crée un certain malaise.  D’un côté le salarié souhaite souvent garder le lien avec ses collègues, avec ses propres projets professionnels.  De l’autre côté l’entreprise doit se réorganiser et s’interroge sur : pourquoi le salarié est arrêté, combien de temps est-il arrêté et le salarié pourra-t-il reprendre le travail ?
  • La visite de pré-reprise : elle n’est pas obligatoire ; elle se déroule entre le médecin du travail et le.la salarié.e ; une étape qui ne laisse pas de place à l’entreprise cependant.
  • Le temps de la reprise : la visite de reprise est obligatoire par le médecin du travail  – elle permet la reprise du contrat de travail. Elle aboutit soit au constat que la personnes est inapte et dans ce cas il faut imaginer un reclassement sur autre poste dans un délais d’un mois pour l’entreprise, ou bien que la persone est apte avec ou sans aménagement de poste.

Ce colloque a réuni un public très varié ce qui a donné lieu à des échanges proches des préoccupations des différents acteurs du sujet : oncologues, patient.e.s, salarié.e.s, représentant.e.s de grandes entreprises locales, assistant.e.s sociales, médecins du travail, et des représentant.e.s de l’ANDRH, la CARSAT, l’ANACT…

Il s’est achevé avec le partage des chiffres sur l’impact du cancer sur le travail, issus d’un questionnaires renseignés par près de 200 patient.e.s suivi au sein du Centre Léon Bérard, consultables en suivant ce lien : Infographie de l’Impact du cancer sur le travail.

Comment accompagner la reprise de l’emploi ?

Le Groupe JLO, accompagne individuellement chaque année près de 3 000 personnes en situation de pré désinsertion professionnelle.

Face au risque d’inaptitude suite à un accident ou une maladie entraînant une difficulté dans le maintien de l’emploi, l’entreprise doit mettre en place une démarche de prévention de la désinsertion professionnelle.

En savoir plus sur la démarche de prévention de la désinsertion professionnelle

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