Réflexion sur la déconnexion de Gilles Riou, Responsable Santé au Travail


Gilles Riou, Responsable Santé au Travail au sein du Groupe JLO répond à nos questions sur la déconnexion : droit à la déconnexion, impact sur le management, engagement dans le travail…

La déconnexion ne serait-elle pas une illusion dans un monde de plus en plus connecté ?

Allons droit au but : l’illusion c’est la connexion permanente ! En effet, qui peut croire qu’on peut effectivement être connecté sans cesse et sans que cela ne produise de sérieuses et négatives conséquences ?

Le principal problème est lié à la peur de manquer l’information utile. L’enjeu est donc de définir la qualité des informations dont on dispose et de se fixer des règles rassurantes pour tout le monde.

Cependant, cette affirmation ne tient pas face aux réalités du marché et du travail. En effet, aujourd’hui les principales difficultés d’une entreprise ne proviennent pas d’une information qu’elle aurait ratée, mais bien plutôt d’une décision fondée sur une mauvaise information qui n’aura pas été filtrée.

Droit à la déconnexion : quel impact sur le management ?

Le management a toujours dû articuler plusieurs dimensions dans un équilibre instable. D’une part parce que l’environnement évolue et qu’il faut sans cesse s’y adapter ; d’autre part parce que nous avons besoin d’interactions humaines régulières pour générer les niveaux de confiances nécessaires à l’accomplissement de notre travail. On doit donc être connectés les uns aux autres, et de bonne manière.

Parmi les dimensions propres au management, il y en a deux que je veux retenir pour rester sur la question de la déconnexion : la confiance et la clarté. La confiance, c’est précisément le fait de pouvoir avancer sans une connexion permanente avec les autres.

Le management a donc besoin d’édicter des règles de déconnexion qui s’inscrivent dans une logique de confiance et de compréhension. La déconnexion doit être construite intelligemment, en tenant compte de la réalité du travail des équipes.

C’est pour cela que la clarté est la seconde composante essentielle pour le management. Plus le management est clair, et plus on peut effectivement déconnecter et se sentir libre et autonome dans son travail. Se connecter et se déconnecter prend alors du sens et se fait dans une perspective de qualité du travail. Un management clair envoie un signal clair sur le moment où l’équipe peut déconnecter sereinement.

On comprend en reliant ces deux dimensions de confiance et de clarté que la déconnexion est donc un enjeu de gouvernance qui impacte le management puis les équipes.

Quel sevrage possible pour les addict ?

La sur-connexion (pour lui donner un nom) n’est pas une addiction comme les autres. En effet, même si sur le plan clinique certains symptômes sont analogues (compulsion, envahissement de l’espace mental, manifestations de stress, irritabilité et parfois grande labilité émotionnelle), d’autres dimensions sont absentes.

Dans le cas de la sur-connexion il y a deux dimensions qui viennent s’y ajouter : la dimension sociale et la dimension d’action/décision. La dimension sociale est liée au sentiment d’appartenance de près ou de loin à un ou plusieurs groupes et de rater des éléments essentiels de la vie de ces groupes, et donc d’être exclu du sentiment d’appartenance.

Or, le sentiment d’appartenance est un levier essentiel de la santé physique et mentale de l’individu. Les individus qui ne se sentent appartenir à aucun groupe d’aucune sorte voient en effet leur résistance au stress et leur système immunitaire s’effondrer rapidement.

La dimension d’action/décision quant à elle est très liée au sentiment d’appartenance, mais procède d’autres leviers. Dans notre système cognitif, la recherche et le traitement de l’information ont pour seule perspective de nous permettre de procéder à des choix et nous permettre d’agir. Or, dans un monde saturé d’information, le tri est excessivement difficile.

Et la saturation d’informations peu pertinentes crée des conditions royales à l’épanouissement des syndromes dépressifs où à la recherche d’information à sensation qui alimentent les mécanismes de théorie du complot assez efficacement.

Du coup, comment agir ? Collectivement évidemment.

A l’instar d’Ulysse qui se fait attacher à son mât pendant que les marins souquent les oreilles pleines de cire pour ne pas entendre le chant des sirènes, on doit se répartir les rôles et faire de la déconnexion une expérience collective concrète, réaliste et positive.

Aucune stratégie d’entreprise ne nécessite une connexion permanente de chacun de ses membres. A chaque stratégie d’entreprise, il y a une ou plusieurs stratégies de déconnexion possibles et à construire.

On parle beaucoup de la déconnexion. On parle aussi de l’importance de l’engagement dans le travail. La déconnexion a-t-elle un effet sur l’engagement ?

Clairement oui. On peut penser spontanément que la connexion permanente crée un lien d’engagement permanent avec l’entreprise et donc favorise l’engagement.

Cependant, à chaque fois qu’un salarié se sent contraint de se connecter en dehors d’une période normale de travail, il puise dans son capital d’engagement, mais aussi dans celui de loyauté vis-à-vis de l’entreprise. En effet, ce travail « gris », est mal évalué et donc mal reconnu. Ce qui est en jeu derrière n’est pas tant une question de charge de travail que de reconnaissance et de respect des besoins fondamentaux des individus.

Les risques liés à l’épuisement de l’engagement sont d’avoir des salariés qui tiennent par la pression mais absolument plus par la motivation, ce qui est source d’erreurs de jugements. Ceux liés à l’épuisement de la loyauté sont bien plus graves évidemment.

La question de la déconnexion, derrière ses aspects techniques, touche donc en fait à des valeurs profondes, et il convient d’y être vigilant compte tenu des risques induits.

 

Droit à la déconnexion : le Groupe JLO précurseur

Depuis 2015, le Groupe JLO a mis en œuvre le droit à la déconnexion pour l’ensemble de ses collaborateur.trice.s. Acteur du développement de la Qualité de Vie au Travail (QVT), le Groupe JLO a été précurseur dans l’initiation de ce droit, essentiel pour l’équilibre vie privée / vie professionnelle.

En savoir plus sur le droit à la déconnexion au sein du Groupe JLO.

Publié le 8 décembre 2017 dans A la une Qualité de vie au travail Regards d'experts

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