Faciliter le sens du travail : un enjeu majeur pour les organisations en période de post confinement (1/2)

Regard d’expert de Laurence Ruiu-Renard

Un contexte Covid bien spécifique

Avec la crise sanitaire du COVID-19, bon nombre de nos repères ont été bousculés. L’ampleur et la gravité de la pandémie, qui nous a révélé la fragilité de l’existence, ont généré des interrogations multiples et profondes, amplifiées par le confinement. Où est le sens ?  Qu’est-ce qui est essentiel dans la vie ? Les témoignages ou encore les « journaux du confinement » relayés par les réseaux sociaux attestent cette quête de sens. Aucune sphère d’activité n’a été épargnée et le travail qui occupe une place centrale dans nos vies n’a pas échappé à ce questionnement. Quelle est la place du travail dans ma vie ? A-t-il du sens ? La pandémie a décuplé cette préoccupation en mettant le travail à distance et en brouillant les repères professionnels. Une étude, réalisée début mai par la société YouGov pour Monster, sur l’impact de la crise, révèle que 55% des Français réfléchissent au sens de leur travail depuis le début de la pandémie. Chez les jeunes entre 18 et 24 ans, ce chiffre atteint 61%. Avec la reprise progressive de l’activité, ces questionnements existentiels restent plus que jamais d’actualité. L’occasion pour nous de faire le point sur le sens du travail, concept polysémique, aussi riche que complexe, qui permet de mieux cerner le rapport qu’entretiennent les individus avec leur travail. Nous verrons également comment les entreprises peuvent se saisir de ce sujet de première importance.

La place occupée par le travail va-t-elle être revisitée ?

COVID-19 : le sens du travail en question

Cette « mise à distance » du travail a été d’une ampleur considérable : en France, seuls 20% des actifs sont restés physiquement sur leur lieu de travail durant la période de confinement.

Parmi les « sans activité », les personnes en chômage partiel (13 millions d’actifs concernés), dispensées d’activité ou en congé pour garde d’enfant, les artisans, commerçants, indépendants ont fait l’expérience brutale de la cessation de leur activité. Cette interruption de plusieurs semaines a-telle été vécue comme une respiration ou comme une source d’angoisse ? L’emploi a-t-il été perçu comme dénué de sens, frappé d’inutilité ou au contraire comme « plein de sens » à la suite du vide causé par cette inactivité ou l’absence de relations professionnelles ? Quel sera l’impact de cette longue déconnexion ? La place occupée par le travail sera-t-elle relativisée, revisitée ?

Autre cas de « mise à distance du travail », l’expérience à grande échelle du télétravail ( entre six à sept millions d’actifs concernés) qui modifie significativement l’organisation et les conditions d’exercice de l’activité fondée, depuis des décennies, sur une unité de lieu et d’action. Quel sera le vécu et les conséquences de cette expérience abolissant les frontières entre vie personnelle et professionnelle ? Quel impact sur le vécu de chacun et sur les collectifs de travail ? Nouvelles exigences sur la finalité des tâches, responsabilisation accrue et autonomie augmentée avec un management « à distance », liens professionnels distendus : là aussi, il est possible que certaines de ces évolutions aient pu influencer le sens perçu du travail.

Enfin, les métiers qui sont restés en première ligne durant la crise pourraient-ils être perçus comme ayant davantage de sens car reconnus comme utiles à la nation ? Percevoir la finalité de son travail est-il le seul pilier du sens ? Le métier de soignant, par exemple, pourrait-il générer de nouvelles vocations ou au contraire, les conditions de travail difficiles ont-elles dégradé le sens perçu du travail ? Que penser par ailleurs de l’afflux de volontaires (ils étaient plus de 150 000 inscrits sur le site « des bras pour ton assiettes ») prêts à rejoindre les rangs des agriculteurs durant le confinement ? Ce mouvement est-il précurseur d’une revalorisation de ce secteur ?

Le sens du travail : quels enjeux ?

S’il est trop tôt pour répondre à ces questions, ces interrogations exacerbées par la crise ne sont pas près de s’éteindre. Celles et ceux qui étaient déjà en proie à des questionnements avant la crise auront peut-être eu le temps de réfléchir à un projet répondant davantage à leurs aspirations. La reprise d’activité ne sera pas simple car, avec le ralentissement de l’activité économique, ils devront s’armer de patience, tout comme pour celles et ceux, fragilisés par cette crise. Ils pourraient se retrouver en situation de sense-out (absence ou perte de sens) avec des conséquences sur leur bien-être et leur santé psychique.

Le sens est un puissant levier d’engagement.

Si le sens du travail du travail est fondamental pour les individus, il l’est tout autant pour les organisations qui doivent mobiliser toutes les énergies lors de la reprise d’activité. Le sens est en effet un puissant levier d’engagement car il donne envie d’agir et de s’investir.

Pour Laurent Sovet, Maître de conférences à l’Université Paris-Descartes, le travail « signifiant », c’est-à-dire l’activité professionnelle perçue comme ayant du sens, génère une meilleure implication (motivation, engagement), un meilleur fonctionnement psychologique (satisfaction au travail, relations au travail, comportement de citoyenneté – mais aussi satisfaction de vie, sens à la vie, émotions positives).

Si le sens du travail favorise l’engagement, il est aussi un levier d’attraction et de fidélisation des talents; il permet de prévenir les risques psycho-sociaux et participe au développement de la qualité de vie au travail.

Avant d’approfondir le rôle des entreprises, focus sur ce que recouvre cette notion du sens du travail et ce qui caractérise un travail qui a du sens.

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