Bilan de compétences : comprendre ce qui freine le changement

Le bilan de compétences est souvent envisagé comme une étape décisive pour faire le point sur son parcours, envisager une reconversion ou retrouver du sens dans sa vie professionnelle. Pourtant, il arrive que l’accompagnement ne produise pas les changements attendus. Ce retour d’expérience de Nikolay Vranchev, Consultant en évolution professionnelle au sein du Groupe JLO, invite à dépasser la seule recherche d’un métier pour interroger les conditions qui permettent réellement à une personne de se remettre en mouvement.

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« Je suis toujours au même point »

Au fil de mes accompagnements, je rencontre régulièrement des personnes qui ont déjà réalisé un ou, parfois, plusieurs bilans de compétences. Pourtant, elles arrivent avec le même constat : « Je suis toujours au même point. »

Elles ont découvert des métiers, rempli des questionnaires, effectué des tests de personnalité, parfois même construit un projet… mais, quelques mois plus tard, rien n’a réellement changé. Pourquoi ?

Bien sûr, certains accompagnements peuvent manquer de profondeur ou de personnalisation. Un bilan trop standardisé, trop centré sur les outils ou les listes de métiers, risque de laisser la personne seule face à ses interrogations.

Mais, avec le temps, j’ai compris qu’il existait une autre réalité, souvent plus difficile à entendre.

Le bilan de compétences n’est pas une solution que l’on consomme

Un bilan de compétences n’est pas une solution que l’on consomme. C’est une rencontre avec soi-même. Et avec le changement !
Cette rencontre demande également du courage : celui d’identifier et d’affronter l’objet de sa peur. Car personne ne peut faire ce chemin à notre place.

Aucun consultant, aucun psychologue, aucun coach, aucun test ne pourra nous dire avec certitude quel métier est fait pour nous. Ils peuvent éclairer le chemin, poser les bonnes questions, aider à prendre du recul… mais ils ne peuvent pas réfléchir à notre place.

Le véritable changement commence lorsque l’on accepte de devenir acteur de son propre parcours.

Cela suppose de s’investir pleinement, de questionner ses habitudes, ses blocages, ses croyances — parfois limitantes —, ses peurs, parfois même certaines blessures professionnelles ou personnelles que l’on préférerait éviter.

La difficulté ne réside pas toujours dans le choix d’un métier

Dans ma pratique, j’observe de plus en plus que la difficulté ne réside pas toujours dans le choix d’un métier. Elle réside souvent dans la difficulté à se rencontrer véritablement.

  • Comment savoir ce que l’on souhaite faire lorsque l’on a passé des années à répondre aux attentes des autres ?

  • Comment choisir lorsque la peur de se tromper est plus forte que l’envie de réussir ?

  • Comment se projeter lorsque la confiance en soi a été profondément fragilisée par un burn-out, une maladie, un licenciement ou des années de souffrance au travail ?

  • Et d’ailleurs, que mettons-nous en jeu lorsque nous travaillons ?

Ces questions dépassent largement le cadre d’une simple reconversion professionnelle.
Elles touchent à notre histoire, à notre identité, à notre rapport au travail, mais aussi à nous-mêmes.

Le bilan de compétences, c'est accompagner la personne dans son intégralité

C’est très probablement ce qui influence aujourd’hui ma manière d’accompagner.

Au-delà des compétences, des métiers ou des formations, je m’intéresse à la personne dans son intégralité : à son fonctionnement, à ses mécanismes de protection, à ses valeurs, à ses peurs, à ses aspirations profondes — la fameuse reconnexion à soi.

Car un projet professionnel ne peut être solide que s’il s’appuie sur une meilleure connaissance de soi.

J’observe également qu’il existe parfois une attente implicite : celle qu’un professionnel trouve enfin la réponse que l’on cherche depuis des années.

Cette attente est profondément humaine. Lorsque l’on souffre, on aimerait que quelqu’un nous indique enfin la bonne direction.

Un accompagnement se construit avec la personne

Pourtant, cette réponse ne peut émerger que si la personne accepte de s’impliquer pleinement dans le processus et de passer à l’action.

Un accompagnement n’est jamais un travail réalisé sur une personne. C’est un travail réalisé avec elle.

Chaque séance n’est qu’une porte. C’est entre les séances que le véritable travail commence :

  • observer ce qui nous anime,

  • remettre en question certaines certitudes,

  • accepter de sortir de sa zone de confort, expérimenter,

  • rencontrer des professionnels,

  • vivre des immersions,

  • parfois même accepter de ne pas tout comprendre immédiatement.

Car se réinventer professionnellement, ce n’est pas simplement changer de métier. C’est souvent changer de regard sur soi.

La question qui permet de se remettre en mouvement

Finalement, lorsqu’un bilan semble avoir échoué, je ne me demande plus seulement : « Quel métier pourrait convenir à cette personne ? ». Je me demande plutôt : « Qu’est-ce qui, aujourd’hui, l’empêche d’avancer ? »

Car, lorsque cette question commence à trouver ses réponses, le projet professionnel cesse d’être une recherche désespérée. Il devient la conséquence naturelle d’une personne qui se connaît mieux, qui assume davantage ses choix et qui reprend progressivement les commandes de sa vie.