Peut-on encore manager sans QVCT en 2026 ?
La prise en compte de la Qualité de Vie et des Conditions de Travail (QVCT) s’impose aujourd’hui comme un levier stratégique dans un environnement professionnel en mutation permanente. Alors que l’Anact a récemment dévoilé le thème de sa Semaine de la QVCT — « Manager, c’est tout un travail » — il apparaît clairement qu’ignorer la QVCT dans les pratiques managériales constitue un risque majeur au regard des enjeux des organisations aujourd'hui. Les conséquences sont bien identifiées : usure professionnelle, désengagement, turn-over, absentéisme accru et dégradation de la performance collective.

En première ligne face aux transformations du travail, les managers jouent un rôle déterminant. Ils doivent intégrer la QVCT dans leur posture et leurs pratiques afin de concilier attentes des collaborateurs, performance opérationnelle et respect des obligations réglementaires. Toutefois, la charge de travail et la complexification du rôle managérial rendent cet enjeu particulièrement exigeant. Il appartient donc à l’employeur de structurer une démarche adaptée, de clarifier les responsabilités et d’outiller les managers pour leur permettre d’agir efficacement en faveur de la QVCT.
Le manager responsable : pilier de l'engagement
Une mutation de la posture managériale héritée de la crise de la COVID-19
La crise sanitaire a profondément modifié le rôle du manager. Alors que la distance physique imposée par le télétravail aurait pu affaiblir le lien entre les collaborateurs et leur entreprise, les managers ont, au contraire, joué un rôle central dans le maintien de la confiance et de l’engagement des équipes. Durant cette période, le manager n’a plus été seulement un donneur d’ordres, mais également un soutien psychologique pour ses collaborateurs. Plusieurs enquêtes ont montré qu’il s’est transformé en véritable « psychologue du quotidien », développant une écoute renforcée et un souci accru du bien-être de ses équipes.
Selon l'étude IFOP pour Michael Page réalisée en mars 2021, 78% des décisionnaires RH ont salué la capacité des managers à maintenir le lien avec leurs équipes, tandis que 72% ont mis en avant la personnalisation accrue des relations de travail. Ce besoin d’accompagnement humain s’est traduit par des attentes nouvelles des collaborateurs :
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plus de reconnaissance (23 % des salariés l’ont cité comme une priorité),
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un soutien dans les difficultés (16 %)
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et une écoute attentive (13 %).
Un repositionnement qui reste dans les pratiques actuelles
Ce repositionnement du manager « au centre » de l’organisation, plutôt que « devant », perdure encore aujourd’hui. Il nécessite une évolution des compétences managériales, où les notions de psychologie, d’intelligence émotionnelle et d’adaptabilité prennent une place de plus en plus importante.
Les managers jouent ainsi un rôle central dans l’engagement des équipes. Ils influencent directement la motivation et la fidélisation des talents par leur posture, leur communication et leur gestion du quotidien. Un manager qui valorise ses collaborateurs, les soutient dans leurs projets et favorise une dynamique positive en lien avec la Qualité de Vie et des Conditions de Travail, permet d’instaurer un climat de confiance et d’implication.
Or, selon une étude de l’ANACT (Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail), un environnement de travail favorable, où la reconnaissance et le bien-être sont pris en compte, augmente de 30 % l’engagement des salariés. Un facteur à ne pas négliger au regard des enjeux de fidélisation des collaborateurs.
Le management au cœur du changement
La transition vers un management plus soucieux de la QVCT implique un changement culturel et organisationnel profond. Ce changement ne peut se limiter à des déclarations d’intention et doit impérativement être soutenu par :
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une vision stratégique claire,
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des outils adaptés
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et une sensibilisation continue des équipes managériales.
La direction joue un rôle clé dans cette transformation, en impulsant une direction claire et une dynamique positive et en donnant aux managers les moyens d’agir efficacement. L’engagement des instances dirigeantes passe par l’intégration de la QVCT dans la politique RH, la mise en place de formations spécifiques et la valorisation des bonnes pratiques.
De plus, la loi du 2 août 2021, qui renforce la prévention des risques professionnels, impose aux entreprises de structurer leur démarche QVCT et d’impliquer activement les managers dans cette dynamique. Cela signifie non seulement identifier et prévenir les risques psychosociaux, mais aussi promouvoir une culture de bien-être au travail en s’appuyant sur des outils concrets tels que des enquêtes internes, des groupes de travail et des référents QVCT.
Managers, gare à la surcharge !
Regard d'expert issu du terrain
"Je rencontre des managers qui ne parviennent plus à donner du sens à leurs missions ni à celles de leurs équipes, faute à des processus imposés, des décisions unilatérales et une pression sur les résultats immédiats, qui les fragilisent. Souvent choisis (les managers) pour des compétences techniques ou administratives, plus que pour leur leadership, ils se concentrent sur le respect des règles et des objectifs opérationnels, au détriment de l’écoute, du dialogue et du pilotage humain.(...) En conséquence, les collaborateurs ressentent un sentiment d’anonymat, particulièrement vis-à-vis des niveaux hiérarchiques supérieurs, et regrettent le manque de reconnaissance et de visibilité de leur travail. Ces derniers finissent par en éprouver une perte de sens au travail : ils ne comprennent plus la finalité ni la méthode du travail qui leur est prescrite."
Jean-Yves PAQUIER, Directeur régional, Expert Management des organisations
Un management efficace repose sur des managers en pleine possession de leurs moyens, capables d’accompagner leurs équipes avec bienveillance et stratégie. Or, selon l'étude de l’Association pour l’emploi des cadres (Apec) publiée en septembre 2022, 1 cadre sur 4 estime que sa santé mentale s’est dégradée au cours des années précédentes :
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65 % ont la sensation d’une charge de travail insurmontable
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62 % ressentent un sentiment d’épuisement professionnel
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64 % ressentent un stress intense
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66 % trouvent cette fonction stressante
La conséquence ? La surcharge des managers impacte directement l’environnement de travail : difficulté à être à l’écoute, à motiver ses équipes, à répondre aux sollicitations et bien évidemment les risques d'épuisement professionnel, de burnout, d'absentéisme...
À long terme, cela peut créer un cercle vicieux où le mal-être se propage à l’ensemble des collaborateurs, augmentant le turnover et la démotivation. Les entreprises doivent donc prendre conscience de cette réalité et mettre en place des solutions adaptées pour soutenir les managers en plus des collaborateurs.
En 2026, manager sans intégrer la QVCT est tout simplement impensable.
La performance globale d’une entreprise passe par la QVCT de ses collaborateurs et par une structuration efficace des pratiques managériales. Un management déconnecté des enjeux de qualité de vie au travail court le risque de perdre en attractivité, d’accroître le turnover et de voir émerger un climat de travail délétère.
Les entreprises doivent ainsi considérer la Qualité de Vie et des Conditions de Travail non comme une contrainte, mais comme un levier stratégique de performance. En investissant dans des dispositifs de soutien aux managers, en favorisant la communication et en structurant des processus clairs pour équilibrer les charges de travail, elles garantissent non seulement la satisfaction et la rétention des talents, mais aussi une dynamique collective propice à la réussite.
Le management de demain repose sur une approche humaine et proactive, où l’épanouissement professionnel et la performance sont indissociables. C’est en misant sur des managers bien formés à la QVCT, soutenus et alignés avec ces enjeux que les entreprises assureront une performance globale durable.
"Je rencontre des managers qui ne parviennent plus à donner du sens à leurs missions ni à celles de leurs équipes, faute à des processus imposés, des décisions unilatérales et une pression sur les résultats immédiats, qui les fragilisent. Souvent choisis (les managers) pour des compétences techniques ou administratives, plus que pour leur leadership, ils se concentrent sur le respect des règles et des objectifs opérationnels, au détriment de l’écoute, du dialogue et du pilotage humain.(...) En conséquence, les collaborateurs ressentent un sentiment d’anonymat, particulièrement vis-à-vis des niveaux hiérarchiques supérieurs, et regrettent le manque de reconnaissance et de visibilité de leur travail. Ces derniers finissent par en éprouver une perte de sens au travail : ils ne comprennent plus la finalité ni la méthode du travail qui leur est prescrite."